OLD TIME GENTLEMEN

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  Le soleil n'éclairait déjà plus le ranch Belfort, perdu au centre d'une chaîne de montagnes rocailleuses. Dorothée avait passé la journée enfermée dans le bureau à préparer sa prochaine expédition archéologique, tandis que Robin s'était occupé de... elle ne savait trop quoi, à vrai dire.

  La jeune femme sortit de son antre vers dix-neuf heures trente et alla directement s'installer sur la balancelle à l'entrée de la maison. Une tablée attendait le repas du soir à quelques mètres d'elle. Soudain, sortant de la grange, Robin s'approcha d'elle, tout couvert de graisse.

 

  - Sortie de ta grotte ? sourit-il, en coin, venant s'installer à côté d'elle.

  - Tu empestes la graisse de moteur.

  - J'ai bossé sur ma moto. Elle a besoin d'être chouchoutée, tu vois.

  - Je vois pas, non, soupira-t-elle avant de se lever. Bon, j'ai faim. Je vais préparer un truc... si tu pouvais au moins prendre une douche...

 

  Robin la regarda se remettre sur ses pieds avant de suivre son élan et de la rattraper. Il posa ses mains sur sa taille et colla son torse contre le dos de Dorothée, rapprochant ses lèvres de son oreille.

 

  - Tu pourrais la prendre avec moi...

 

  La jeune femme soupira et se dégagea, une main sur la poitrine du jeune homme.

 

  - Ne prends pas tes rêves pour la réalité. Va te décrasser. Oh. Et si tu pouvais rentrer les chevaux aussi... sourit-elle, en coin, l'habituelle lueur de défi dans son regard.

 

  Robin soupira et la regarda s'engouffrer dans la maison. Il prit alors le chemin du pré où se promenaient calmement cinq étalons de la meilleure race. Ils appartenaient à la famille de Dorothée, tous deux s'en occupaient lorsqu'ils vivaient au ranch entre deux missions archéologiques.

  Une fois les cinq équidés dans leurs box respectifs, Robin termina de ranger ce qui trainait dans l'étable avant de rejoindre la maison. Ce ne fut qu'une fois sous la douche qu'il remarqua la marque sur son avant-bras. L'archéologue l'examina avec attention ; il s'agissait d'une morsure de cheval. L'un des étalons le lui avait surement fait... mais comment c'était possible ?

  Avant de rejoindre Dorothée, Robin fit un bandage autour de son bras et opta pour une chemise à manches longues malgré la chaleur. Il ne voulait pas que la jeune femme voit la morsure. Il la savait beaucoup trop curieuse pour laisser ça à sa vue.

 

  - T'en as mis du temps... le diner est servi dehors.

 

  Robin s'installa en face de Dorothée ; il la regarda quelques longs instants.

 

  - Dora... j'ai quelque chose à faire en ville demain. Très tôt. Je partirais après le dîner, o.k. ?

  - Mh... tu fais ce que tu veux, je suis pas ta mère.

  - Dora, répéta Robin en attrapant sa main, l'obligeant à le regarder. Tu bouges pas du ranch.

  - Quoi ? Mais qu'est-ce que tu—

 

  La pression de Robin sur la main de Dorothée stoppa net sa phrase, de même que son regard si sérieux posé sur son visage.

 

  - S'il te plait.

 

 

* * *

  A travers les grandes baies vitrées, la vue était resplendissante dans la lumière matinale. Les rayons du soleil effleuraient le visage endormi de Rebecca, la faisant grogner. Elle se tourna et se retourna dans le lit mais sans effet. Elle était réveillée. Elle se redressa parmi les draps blancs et regarda la place vide à côté d'elle, laissant échapper un soupir.

Après quelques secondes perdues dans ses pensées, Rebecca se leva, revêtit un peignoir en soie d'un violet sombre et descendit calmement les marches de l'escalier, laissant glisser ses doigts le long du mur immaculé. Elle se demandait ce qu'elle allait faire aujourd'hui. Elle était censée être en vacances... mais elle ne devait pas être toute seule normalement. Sauf qu'on l'avait plantée, au dernier moment. Pour une pseudo-urgence.

  En arrivant au bas des marches, Rebecca remarqua immédiatement la baie ouverte sur la terrasse et la table mise pour un petit déjeuner royal. Elle tourna son regard vers la cuisine et s'arrêta. Elle ne l'avouerait jamais, mais la silhouette qui se profilait derrière le plan de travail lui avait manqué.

  Nathanaël se retourna et leurs regards se croisèrent. Le visage du milliardaire se fendit en un sourire. Il portait un pantalon de costume et une chemise noirs par-dessus lesquels il avait revêtit un tablier en toile. Il tenait dans sa main un bol de fraises.

 

  - Hey... bonjour... bien dormi ? dit-il en s'approchant de Rebecca. Ca a fini plus tôt que prévu alors je me suis dit que j'allais te rejoindre... petit déjeuner ?

 

  La jeune femme le regarda de haut en bas, les bras croisés contre elle. Elle le détaillait, essayant de trouver des indices sur l'endroit où il pouvait être.

 

  - Tu me détestes ? demanda Nathanaël dans une grimace.

 

  Rebecca ne répondit toujours pas et prit une fraise du bol qu'il tenait toujours dans la main avant de se diriger vers la table dressée à l'extérieur.

 

  - Tu as dévalisé quel musée cette fois-ci ?

  - Très drôle, Reby... soupira-t-il, laissant un sourire étiré ses lèvres.

 

  Il alla s'installer près d'elle, sur la terrasse, déposant le bol sur la table déjà bien garnie de pancakes, gaufres, croissants et autres viennoiseries et douceurs. Ce n'était pas la première fois que Rebecca avait le droit à un tel festin ; dès qu'il avait quelque chose à se faire pardonner, Nathanaël sortait le grand jeu. Alors qu'il allait prendre le plat de pancakes pour un servir un à la jeune femme, celle-ci remarqua un bandage entourant sa main. Elle l'attrapa et la rapprocha d'elle.

 

  - C'est quoi, ça ?

  - Ah, ça. Rien d'important. Tu veux quoi sur ton pancake ?

  - Comment ça, rien d'important. Je te rappelle que t'es immortel, t'es pas sensé pouvoir te ble—

 

  Rebecca n'eut pas le temps de terminer sa phrase, Nathanaël prit possession de ses lèvres. Après plusieurs longues secondes, ils s'éloignèrent à peine.

 

  - Cette conversation n'est pas finie...

  - Je sais, murmura Nathanaël avant de l'embrasser de nouveau.

 

 

* * *

  Alexandra donna un coup de pied dans le corps gisant et gémissant au sol de Jason. Il était déjà aux environs de midi, il pleuvait sur la capitale italienne. La veille – ou plutôt très tôt ce matin-là, le détective était venu frapper à la porte de l'étudiante et s'était écrasé de tout son poids sur le canapé. Sans rien dire sur le pourquoi de sa présence ; Alexandra l'avait supposé saoul et s'était contenté de le laisser cuver en retournant se coucher.

 

  - J'suis où... grogna Jason en se redressant doucement, grimaçant.

  - T'es venu chez moi hier soir... ou plutôt ce matin. T'étais complètement bourré.

 

  Alexandra était passée dans la petite cuisine que contenait son appartement. Elle mit en route la machine à café et sortit de quoi faire un brunch. Le son de la radio remplit rapidement la pièce, inondant le silence de paroles italiennes débitées à toute vitesse. Alors qu'elle posait tout cela sur la petite table en formica, Jason entra dans la petite pièce en clopinant, une main sur sa tête.

 

  - Je peux pas être bourré... je te rappelle...

  Le détective s'appuya contre le montant de la porte. Alexandra redressa sa tête vers lui, se stoppant. Jason avait triste mine. Il portait une chemise en jeans à moitié déchirée, des taches blanches poudreuses suspectes maculaient son pantalon et une trace de sang séché coulait de sa tempe jusqu'à son cou.

 

  - Mais qu'est-ce que t'as foutu ! s'exclama la jeune femme en se précipitant vers lui.

  - Sssshhh, tu parles trop fort...

 

  Elle le fit s'assoir sur une chaise et se mit à l'examiner. Une très légère plaie avait entaillé son cuir chevelu, à la naissance de ses cheveux, et il avait également quelques bosses et quelques bleus. Alexandra attrapa un torchon qui trainait par-là et le remplit de glaçons, avant de le poser sur la blessure de Jason qui tressaillit légèrement avant de prendre le morceau de tissu.

 

  - Mais qu'est-ce qu'il s'est passé hier, Jason... demanda plus doucement Alexandra en s'asseyant en face de lui.

  - Il s'est rien passé... j'suis trop vieux pour ces conneries, c'est tout.

  - T'es immortel, tu peux pas être vieux.

 

  Alexandra regarda avec attention les marques et les bleus de Jason avant d'aller chercher la trousse de secours pour commencer quelques soins sous le regard du jeune homme. Il étudiait chacun de ses mouvements, sans dire un mot.

 

  - Tu vas pas me dire ce qu'il s'est passé ?

  - Non, dit-il simplement tandis qu'elle le regardait.

  - Je suis pas stupide. Je sais que tu devrais pas pouvoir avoir de telles marques... déclara-t-elle.

 

  Jason continuait de la regarder de ses grands yeux verts, avec une petite moue sur le visage qu'Alexandra n'arrivait pas à déchiffrer. Sans qu'elle ne s'y attende, Jason effaça le peu de distance qui restait entre leurs deux visages et effleura sa joue de ses lèvres.

 

  - Tu vas vraiment pas me dire...

  - Non...