OLD TIME GENTLEMEN

Chapitre 9 - EUROPE

  Alexandra ne savait pas exactement dans quoi elle s'était embarquée. Mais elle était sûre désormais qu'elle ne pouvait pas faire demi-tour. Non pas parce qu'elle ne le voulait pas, mais parce que si Jason ne l'en empêchait pas, les hommes en costume noir le feraient à sa place. Et peut-être pas de la manière la plus galante qui soit.

  Après qu'ils aient découvert le coffret de marbre, les deux jeunes gens s'étaient retrouvés dans une situation plutôt délicate. La malle ne s'ouvrait pas et il ne semblait pas y avoir de serrure pour l'ouvrir ; qui plus était, le bruit étouffé de pas arrivant dans leur direction semblait mettre Jason particulièrement mal à l'aise.

  Celui-ci avait pris en main le coffre et l'avait soulevé avec une agilité qui déconcerta Alexandra sur le moment ; puis il avait pris sa main et s'était de nouveau engager dans une course effrénée. Quoi que moins rapide que la précédente. Il emporta l'étudiante dans le dédale de couloir sans hésiter une seule fois ; les pas – très nombreux – se faisaient toujours entendre derrière eux. Alexandra n'eut l'occasion d'apercevoir ceux qui les pourchassaient qu'une fois qu'ils furent sortis des couloirs sombres.

  Elle ne savait comment il avait fait mais Jason avait trouvé une sortie dont elle ignorait l'existence ; et dont les conservateurs devaient ignorer l'existence également. Ils s'étaient faufilés par un espace entre deux murs à peine assez grand pour une personne de corpulence moyenne. Tous deux s'étaient retrouvés à l'extérieur du Colisée, dans une rue peu fréquentée.

  La première chose qu'Alexandra avait remarqué, c'était que l'orage s'était arrêté. Toutefois, Rome n'avait pas retrouvé son activité habituelle ; les rues ressemblaient toujours à des marres – voire à des piscines dans certains quartiers. Elle n'eut pas le temps d'en observer plus que le détective s'était remis en marche, tenant toujours fermement sa main dans la sienne. C'était à cet instant qu'Alex eut l'occasion d'apercevoir les silhouettes imposantes et sombres des hommes qui les suivaient et qui avaient réussi à prendre la même sortie qu'eux.

 

  - Bon ! s'emporta Alexandra en tirant sur son bras pour arrêter leur course et se libérer de l'emprise de Jason sur sa main. J'en ai marre ! Tu m'as bien trimballée mais maintenant, j'aimerais rentrer chez moi.

  - Ca tombe bien ! C'est justement là-bas que je nous emmenais... lâcha-t-il.

  - Pardon ?

  - Oui ; il nous faut un endroit pour se planquer le temps que les Men in Black se calme un peu. Maintenant que l'orage est passé, ils devraient moins être sur les nerfs ; mais dans le doute, je préfère qu'on reste loin des radars en attendant de savoir ce qu'il va falloir faire. Et comme ils t'ont pas encore repérée, ton appartement, c'est l'endroit idéal ; ça m'évite de tout te réexpliquer.

  - Réexpliquer ? Pour réexpliquer, il faudrait que tu l'aies déjà expliqué à quelqu'un ! commença à s'énerver l'étudiante. Parce que moi, là, je ne comprends strictement rien ! Je t'ai suivi... je sais même pas pourquoi je t'ai suivi ! Je sais même pas pourquoi je m'embête encore à te parler. Tu sais quoi, ciao. Bon courage avec ta boite – que tu as volé illégalement sur un site protégé, soit dit en passant !

 

  Jason regarda la jeune femme faire quelques pas avant de finalement la rattraper par le bras. Il l'obligea à se retourner pour lui faire face, l'étudiant du regard.

 

  - Quoi ?! s'impatienta-t-elle.

  - Je vais t'expliquer. S'il te plait, reste avec moi. On peut juste aller chez toi ? Je te raconterais tout une fois qu'on sera à l'abri. Je crois qu'il va bientôt repleuvoir, en plus.

 

  Malheureusement, ni l'un ni l'autre ne put ajouter quoi que ce soit. Une nouvelle salve de pluie leur tomba dessus sans prévenir. Jason ne réfléchit pas plus et attrapa le poignet d'Alexandra, la tirant jusque dans le hall de la gare qui se trouvait à proximité. Bien entendu, beaucoup de monde s'y réfugiait ; mais les deux jeunes gens réussirent à se frayer un chemin parmi la foule jusqu'à un coin excentré où peu de gens passaient. Jason se dissimula derrière une grande affiche publicitaire et s'assit par terre, mettant devant lui le coffret de marbre.

  Alexandra le regarda quelques instants, interloquée. Il semblait avoir oublié son existence. Elle hésita à prendre le chemin de son appartement mais le souvenir de la pluie cinglante et glacée à l'extérieur l'en empêcha. Elle soupira et se ravisa alors, s'installant à côté du détective, collant son dos toujours autant trempé contre le mur froid. Elle observa Jason s'activer autour de la boite qui n'avait ni serrure, ni quelconque ouverture ; et qui restait obstinément fermée.

 

  - Il y a quoi dedans ? demanda-t-elle finalement.

  - En théorie, une liasse de parchemins. En pratique, je m'attends à trouver de la poussière. Ah si, il y a une coupe aussi, dedans. Elle, elle devrait être intacte, déclara-t-il avant de retourner à son exploration. Par contre, c'est pas moi qui l'est scellé le coffre... je sais pas comment l'ouvrir...

  - Il n'y a pas l'air d'y avoir de serrure, peut-être juste en faisant pression sur la fissure... là, ajouta Alexandra en désignant la fine ligne séparant horizontalement le bloc de marbre en deux.

 

  Le détective étudia la possibilité quelques secondes mais fut rapidement stopper par des brides de conversations qui lui parvinrent en écho. Il avait reconnu la voix grave de l'interlocuteur qu'il avait eu au téléphone quelques heures plus tôt. Ils ne lâchaient jamais... Le jeune homme devait agir vite.

  Il avisa un sac à dos défraichi qui traînait non loin de bagages, à un ou deux mètres de lui. Personne ne semblait les surveiller. Il s'avança alors prudemment, à quatre pattes, sous le regard interrogateur d'Alexandra. Il usurpa le sac, y jeta un rapide coup d'œil avant de le vider sur le sol, près de sa position initiale. Il retourna par la suite auprès de la jeune femme qui le regardait toujours avec stupéfaction. Jason inséra la boite dans le sac à dos noir qu'il glissa ensuite sur son épaule.

 

  - Ok. Faut qu'on se casse.

  - Hein ? Quoi ? Non. Tu m'entraînes pas dans ta cavale. T'es recherché par les fédéraux ou quoi ? On se croirait dans une série à la Jason Bourne, là !

  - Tu trouves ? Mh... ouais, je trouve pas qu'il me fasse honneur ce film.

  - Quoi...

  - Pas le temps, Alex. Viens avec moi. Il y a un train pour Marseille, il faut qu'on le prenne. Je t'en dirais plus pendant le trajet, si tu veux. Mais tu peux pas rester là, ils t'ont vu et je préfèrerais que tu finisses pas entre leurs mains.

  - Jason, de quoi...

  - S'il te plait.

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