OLD TIME GENTLEMEN

Chapitre 8 - AMERIQUE

  Il avait fallu plusieurs heures à Dorothée et Robin pour atteindre le célèbre site d'Ahu Akivi qui se trouvait à quelques kilomètres de la plus grande ville de l'Île de Pâques. Le soleil atteignait calmement son Zénith, la chaleur était écrasante. Ils se trouvaient désormais tous deux en face des sept têtes géantes. Tout comme une dizaine de touristes accompagnés de leur guide. Il allait être très difficile pour Robin de s'en approcher. Les deux archéologues se trouvaient un peu en retrait du groupe ; Robin gardait les bras croisés, le regard fixé sur les statues lorsque Dorothée se tourna vers lui.

 

  - Tu voulais récupérer quoi, en fait ? Parce que même si ce sont de magnifiques œuvres antiques, des prouesses technologiques pour l'époque... ce sont...

  - Juste de gros cailloux. Ouais, je sais. Il faudrait que je m'approche de la tête qui est au centre mais j'ai comme l'impression que le guide ne me laissera pas faire.

  - Tu veux que je l'occupe ?

 

  Robin posa son regard interloqué sur Dorothée, sans rien dire. Celle-ci lui répondit d'un sourire en coin, un sourcil levé.

 

  - Ne sous-estime pas mes capacités. Et puis, je sais pas ce que tu trames, mais j'espère bien que tu me le diras une fois que t'auras récupéré... Dieu sait quoi.

 

  Sur ces paroles, la jeune femme se dirigea sur celui qu'elle savait être le guide de la visite. Il était facilement reconnaissable puisqu'une expression passablement irritée et nerveuse déformait les traits de son visage. Elle entama la conversation avec lui, et Robin put remarquer qu'il semblait bien plus à l'aise, souriant et tout cela sans se forcer. Il devait admettre que la présence et les aptitudes de la jeune femme lui étaient fort utiles.

  Il prit alors naturellement la direction des têtes. Il n'était autorisé que de les observer d'assez loin ; elles étaient déjà impressionnantes. Mais plus il s'avançait, plus elles le menaçaient de toute leur hauteur. Malheureusement pour elles, Robin n'était certainement pas effrayé. Ni par les sorts qu'il pourrait lui arrivé, ni même par les sanctions moins divines ou magiques qu'il encourait.

  Robin s'accroupit devant le géant principal. Quelques pierres de différentes tailles et formes s'entassaient autour du socle. Elles semblaient toutes parfaitement anodines, sans aucune particularité. Mais Robin en cherchait une toute particulière. Il espérait qu'aucun historien, archéologue ou touriste n'ait trouvé trop d'intérêt à cette pierre et ne l'ai emportée ou alors déplacée. Il jeta un regard derrière lui pour vérifier que le guide était toujours en prise aux griffes de Dorothée et que les touristes ne s'occupaient pas de lui.

  Finalement, il posa ses yeux sur un morceau de roche de taille triangulaire imparfait. Il était partiellement dissimulé sous la mousse recouvrant le pied de la statue. De son pouce, il enleva la végétation pour révéler la couleur bleuâtre de l'objet. Un furtif sourire étira ses lèvres puis il glissa la pierre dans la poche de sa veste de cuir. Il se releva, toujours le plus naturellement du monde, et se dirigea vers la voiture qu'il avait garé sur le parking prévu à cet effet quelques dizaine de mètres plus loin. Il fit bien attention à passer dans le champ de vision de Dorothée pour qu'elle comprenne qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait.

  Robin n'attendit pas Dorothée très longtemps. Ils reprirent rapidement la route en direction de l'hôtel ; après tout, la jeune femme avait des responsabilités envers les autres archéologues et bénévoles. Robin, quant à lui, voulait des nouvelles du monde et prendre également quelques dispositions. Lorsqu'ils furent sur la route, Robin devança la question de Dorothée et laissa tomber sur les genoux de la demoiselle la pierre qu'il avait ramassé.

  Partiellement recouverte de mousse, le morceau de roche bleutée aux reflets parfois violacés selon la luminosité était de taille respectable, à peu près aussi grande que la paume d'une main. Les bords étaient imparfaitement taillés et ressemblaient aux premiers outils de confection humaine ; mais la forme triangulaire, si on y regardait de plus près, était parfaite. Chaque côté mesurait la même longueur que l'autre, il s'agissait d'un triangle équilatéral idéalement réalisé.

 

  - Un caillou ? demanda-t-elle, la déception perceptible dans sa voix tandis que Robin lui lançait un regard de dépit.

  - Non, pas juste un caillou. Regarde-le correctement au lieu de juger simplement.

 

  Dorothée soupira et se concentra sur la pierre. De la pulpe de son pouce, elle la débarrassa de la mousse, ce qui dévoila une très fine et presque imperceptible gravure en plein centre. Intriguée, Dorothée chercha dans son sac une petite pochette dont elle sortit un attirail d'archéologue miniature. Elle prit une petite brosse qui ressemblait fortement à une brosse à dents – mais avec un manche plus court – et entreprit de nettoyer la gravure. Robin la regardait du coin de l'œil, se concentrant sur la route – et bien content qu'elle s'occupe de rendre à l'objet sa splendeur d'antan.

  Lorsque Robin se gara sur le parking de l'hôtel plusieurs heures plus tard, Dorothée avait terminé son nettoyage et regardait la pierre avec intérêt. Désormais, on pouvait clairement voir sa forme de triangle légèrement plus épais au centre et s'amincissant vers les extrémités taillés irrégulièrement. Elle n'avait pas essayé, mais elle supposait ces bords assez tranchants. Et surtout, au centre était gravé un symbole que la jeune femme avait déjà croisé à de nombreuses reprises dans sa vie : le nœud celtique.

 

  - Pourquoi il y a un symbole européen au centre ?

  - Parce que ça a été fait par des européens ?

  - C'est pas possible qu'un symbole comme celui-là se retrouve au pied des géants. C'est un symbole beaucoup plus moderne que les statues. Il aurait fallu qu'un touriste ou quelqu'un le mette à leurs pieds.

 

  Robin ne répondit rien, il regardait avec quelque méfiance les alentours. Quelque chose allait se produire ; il ne savait pas quoi mais il avait l'impression désagréable que ce ne serait pas quelque chose de positif. Dorothée, quant à elle, releva son visage vers lui lorsqu'elle n'entendit pas de réplique de sa part. Alors qu'elle allait en remettre une couche, un violent tremblement de terre secoua la voiture. Les différents véhiculent se mirent à sonner de toute leur puissance, les constructions tanguaient sur leurs fondations et menaçaient de s'effondrer. Une sirène siffla au loin et toute source d'énergie cessa. Le silence et le noir tombèrent sur la ville.