OLD TIME GENTLEMEN

Chapitre 4 - ASIE

  Rebecca était confortablement installée à l'arrière d'une voiture d'un gros modèle américain. C'était le genre de voiture à pouvoir accueillir quatre personnes à l'arrière, en face à face. Comme dans les films d'action. À côté d'elle, Nathanaël feuilletait des documents que l'homme assis en face d'eux lui avait donnés quelques instants auparavant. Un silence pesant régnait dans l'étroit habitacle.

 

  - Et donc... je ne veux pas être malpoli, mademoiselle... mais pourquoi êtes-vous là ?

 

  Après la démonstration des kangourous en plein milieu de l'un des jardins d'hiver de Kyoto, une ribambelle d'imposantes voitures noires aux vitres teintées avaient suivi. L'une d'elle s'était arrêtée devant Nathanaël et Rebecca. Le milliardaire avait soupiré en voyant la porte arrière s'ouvrir sur un homme de carrure chétive, au visage anguleux dépourvu de toute pilosité mais d'un nez aquilin surmonté d'une paire de lunettes rondes et rouges. Rebecca n'eut pas tant à réfléchir ; son instinct ne le lui permit pas. Alors que Nathanaël s'était engouffré dans la voiture, elle l'avait suivi sans plus de cérémonie. La porte apparemment blindée s'était refermée sur la journaliste.

 

  - Ah oui ! Excusez-moi, déclara Nathanaël en relevant les yeux de ses papiers.

 

  Mademoiselle Rebecca André, journaliste de talent qui m'a pris comme prochain sujet... cela ne me gène absolument pas qu'elle nous accompagne. Et vous ?

  Bien que le millionnaire ait dit ces mots sur le ton de la conversation, Rebecca avait bien remarqué que l'expression méfiante de l'homme en face d'eux avait laissé place, pendant une demi seconde, à ce qui ressemblait à de l'effroi.

  La jeune femme n'avait pas la moindre idée de ce qu'il se passait mais elle se doutait que Nathanaël avait un rôle important. Dans quoi, par contre... elle ne savait pas. Mais elle allait tout faire pour le savoir.

  Le silence était de nouveau tombé sur la voiture ; Rebecca tentait de regarder les feuillets que Nathanaël lisait mais l'écriture était bien trop petite pour qu'elle puisse la distinguer correctement. Elle sentait également sur elle le regard de l'homme aux lunettes rouges ; et cela la mettait plutôt mal à l'aise. Elle n'osait même pas parler ou poser des questions, bien qu'elle en mourût d'envie ; ce qui était contraire à son caractère. Alors, elle portait son attention sur le paysage défilant de l'autre côté de la vitre teintée. Ils roulaient à vitesse élevée elle ne pouvait pas distinguer grand-chose si ce n'était qu'ils avaient quitté Kyoto et se retrouvaient dans la campagne japonaise.

 

  - Rebecca ? Rebecca... appela la voix de Nathanaël.

 

  Les paupières de la journaliste papillonnèrent quelques instants puis ses yeux se posèrent sur les traits souriants de Nathanaël. Il était à moitié penché au-dessus d'elle, par la porte ouverte de la voiture. Apparemment, elle s'était endormie pendant le reste du trajet. Elle tenta de se redresser, son dos lui faisant mal. Rebecca attrapa la main que Nathanaël lui tendait et descendit de voiture. Ses pieds chaussés d'escarpins glissèrent sur le sol couvert de neige.

 

  - De la neige ? s'étonna-t-elle avant de lever ses yeux vers une immense bâtisse toute couverte de vitres miroirs éclairée par de puissants spots jaunes. On est... où ?

  - La filiale japonaise des services secrets internationaux, déclara calmement Nathanaël en aidant Rebecca à avancer vers l'entrée.

  - Hein ?

  - Je t'expliquerais tout à l'heure. Même s'il y a des chances que tu ne me crois pas. En attendant, change-toi. Tu seras plus confortable.

  - Attends, attends, quoi ? Mais de quoi... je...

  - Rebecca, calme-toi, dit fermement Nathanaël. Ne panique pas. On se connait depuis plusieurs dizaines de mois ; tu me connais maintenant. Tu sais que tu peux me faire confiance...

  - Ouais alors ça, permets-moi d'en douter. T'es quand même un criminel notoire.

 

  Le visage du millionnaire se fendit d'un sourire moqueur. Il retrouvait finalement le tempérament de Rebecca. Il savait bien que cette situation n'était pas facile à comprendre ; elle pouvait même être parfaitement impossible à appréhender pour certaines personnes. Malgré tout, il était persuadé que Rebecca avait l'ouverture d'esprit pour accepter ce qu'il était en train de se passer. Mais pour que tout se passe correctement, il fallait qu'elle garde cette force de caractère qui plaisait tant à Nathanaël.

  Finalement, la jeune journaliste suivit une femme en tailleur noir qui l'emmena dans les étages de la grande bâtisse. Elle l'invita à entrer dans une pièce qui s'avéra être une chambre. Sur le lit fait au carré avaient été déposés des vêtements de ville : une paire de jeans brut, un simple débardeur gris et une chemise à carreaux ainsi qu'un épais gilet en laine jaune et une paire de bottes à lacets en cuir noir. Rebecca se changea, reconnaissante d'enfin se débarrasser de cette robe de cocktail et surtout des talons à ses pieds.

  La fraicheur de la climatisation fouetta le corps dénudé de la jeune femme ce qui lui rappela que la température à l'extérieur était anormalement élevée. Il devait bien faire plus de quinze degrés. Et pourtant, elle avait marché dans une petite couche de neige. Fouillant dans sa mémoire, la jeune femme se souvint que la hausse des températures n'était pas un fait nouveau, cela datait de plusieurs mois, partout dans le monde. On parlait du réchauffement climatique ; mais cela ne pouvait pas être que ça. Ce n'était pas possible.

  Rebecca était perdue dans ses pensées lorsqu'on vint frapper à la porte de la chambre, demandant si elle avait terminée. La jeune femme attacha ses cheveux en un chignon sur le haut de son crâne et attrapa son sac avant de sortir. Là, l'attendait toujours la femme qui l'avait accompagnée, le visage impassible.

 

  - Monsieur Dupré a demandé à ce qu'on vous conduise jusqu'à lui. Toutefois, le directeur souhaiterait vous parler... voulez-vous me suivre, s'il vous plait ?

  - Est-ce que j'ai vraiment le choix ?

 

  L'agent ne répondit pas mais Rebecca savait à quoi s'en tenir. Elle la suivit dans un dédale de couloirs et d'escaliers pour finalement arriver à ce qu'elle comprit être le bureau du directeur : deux grandes portes opaques le précédait et elles avaient monté assez d'étages pour avoir atteint le plus haut. La femme frappa et les battants s'ouvrirent sur une pièce de taille moyenne, pourvue d'une bibliothèque sur le pan de mur gauche et d'une vue imprenable sur les environs sur le mur de droite et celui du fond. Quelques mètres devant la bibliothèque reposait un large bureau de verre et d'acier derrière lequel un homme aux épaules carrées et aux cheveux poivre et sel raturait quelques rapports.

 

  - Mademoiselle André, monsieur.

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