OLD TIME GENTLEMEN

Chapitre 12 - EUROPE

  Alexandra n’avait pas pu résister au regard que Jason lui avait lancé. Et c’était ainsi qu’elle se retrouvait installée en face de lui, dans un carré de quatre sièges en deuxième classe du train en direction de Marseille, en France. Ils en avaient pour cinq heures de trajet et elle espérait bien qu’il n’allait pas lui faire à l’envers. Elle avait des questions, et il allait y répondre.

  Le jeune homme regardait le paysage défilé à toute vitesse ; le coffret qu’ils avaient trouvé dans les méandres du Colisée était sagement posé entre eux, sur la table. Il ne jetait aucun regard dans la direction de la jeune étudiante parce qu’il savait très bien que dès qu’il croiserait ses prunelles couleur cannelle, il n’échapperait pas ni aux remontrances, ni aux questions. Et il n’était pas certain d’être prêt pour en parler.

 

  - Jason.

  - Alexandra, répondit-il du tac au tac sans même la regarder.

  - Ne fais pas l’imbécile, je t’en prie. J’attends des explications ; et tout de suite.

 

  Le jeune homme resta silencieux plusieurs longues secondes avant de fermer les yeux en soupirant. Il se redressa sur son fauteuil et regarda Alexandra dans les yeux ; il allait lui dire des choses qu’elle ne croirait pas au premier abord ; cela allait être de très longues heures.

 

  - Ok, alors écoute. Tu veux des réponses, soit. Mais ne t’attend pas à ce qu’elles te satisfassent. Parce que je suis sûr à cent pour cent que tu vas me rire au nez, me frapper ou me traiter de cinglé… ou les trois.

  - Il y a quoi dans cette boite ? demanda-t-elle sans même prendre en compte ce qu’il venait de lui dire.

  - Ok, je vois. Bon, alors dans cette boite, il y a le Graal.

  - Hein ?

  - Ouais.

  - Tu te fous de moi ?

  - Non, il y a le Graal dedans. Ou du moins ce qu'aujourd'hui on appelle le Graal. C'est jamais rien qu'une coupe, en fait. Mais elle est assez spéciale, quand même. C'est pour ça qu'on l'a planquée dans le Colisée ; pour être sûr qu'elle disparaisse pas dans la nature.

  - On ?

  - Ouais. Roby, Nate et moi.

 

  L’étudiante resta quelques instants, silencieuse, le regardant les sourcils froncés. En face d’elle, Jason attendait patiemment qu’elle termine de lui poser ses questions. Il savait bien qu’elle en avait d’autres en réserve. Et une fois qu’elle aurait fait les connexions entre toutes les réponses… elle en aurait encore beaucoup d’autres.

 

  - Attends une minute. Le Colisée a été construit il y a presque deux mille ans ! Comment tu aurais pu y mettre ce coffret ? Et me sort pas un truc comme quoi tu l’y as mis après coup ! C’est un édifice ancien, ils n’avaient pas de joints que tu pouvais gratter pour déplacer une pierre puis la remettre… C’est… c’est pas possible…

  - Et si je te disais que je suis âgé de plus de six mille ans ?

  - Je te demanderais quelle crème antirides tu utilises parce qu’elle est putain d’efficace... Me prends pas pour une abrutie, Jason ! s’énerva-t-elle.

 

  Le détective ne put réprimer un sourire ; il s’attendait à cette réponse. Toutefois, il avait une preuve irréfutable qu’il lui disait bien la vérité. Il se dandina sur son siège pour sortir son portefeuille de sa poche arrière de pantalon. Il y fouilla quelques secondes avant de sortir un morceau de papier jauni par le temps et à moitié brûlé. Il le posa sur la table et le fit glisser vers Alexandra.

  La jeune femme se pencha sur la photographie. Il s’agissait d’un portrait très simple où on pouvait voir Jason, souriant et en costume sombre. Il avait à son bras une jeune femme au sourire tout aussi éclatant que le sien, aux cheveux blonds rebondissant en de magnifiques anglaises. Bien que la photo fut en noir et blanc, elle devait porter un rouge à lèvre carmin et ses yeux… Alexandra les savait verts.

  - C’est Marilyn Monroe ?

  - Ouais. Cette femme était vraiment adorable…

  - Tu sais que tu aurais parfaitement pu photoshoper cette photo. C’est pas une preuve.

  - Tu veux la faire expertiser ? On n’a pas le temps mais on peut passer à la fac de science de Marseille en arrivant pour faire une datation par carbone 14 si tu veux ?

  - Dis pas n’importe quoi…

 

  Alexandra avait perdu de son assurance. Elle regardait la photographie entre ses mains. Elle ne trouvait aucune trace de manipulation quelconque. Et le papier semblait authentique. Pour avoir eu la chance de manipuler des ouvrages anciens grâce à son cursus universitaire, elle avait souvenir du toucher d’un parchemin ancien. Mais accepter l’authenticité de cette photographie sur laquelle Jason avait clairement la trentaine, au côté d’une Marilyn toute jeune… cela voulait dire accepter quelque chose qui semblait parfaitement impossible à Alexandra.

  - Alors il s’est passé quoi ? Tu t’es réveillé un jour dans ta chambre et y avait plein de symboles bizarres qui pendaient à ton plafond ? Et c’est comme ça que t’es devenu immortel ?

  - Quoi ? Non. C’aurait bien plus pratique, cela dit. On va passer les détails concernant le pourquoi du comment et on va simplement en venir au fait, ok ?

  - Ok, alors si on part du principe que je te crois. Que t’es vieux de plusieurs millénaires… et que vu comme t’es pas trop flippé du fait que l’Italie soit soumise au Déluge… dis-moi, qu’est-ce qu’il est en train de se passer ?

  - Pour le Déluge ? Je pense pas me tromper en disant que c’est sûrement des gamins qui font un caprice ou qui pleurent pour je ne sais quelle raison. C’est toujours les enfants les premiers atteints.

  - Atteints de quoi ?

  - Ce sont les premiers affectés par le nouveau cycle.

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