OLD TIME GENTLEMEN

Chapitre 10 - ASIE

  L'alarme incendie continuait de sonner au loin. Elle devait être d'une très grande puissance puisqu'ils l'entendaient encore alors qu'ils avaient bien fait plus d'un kilomètre maintenant. Rebecca suivait Nathanaël sans avoir la moindre idée d'où il la conduisait. De toute manière, elle n'avait pas vraiment le choix. Les derniers évènements se rembobinaient dans son esprit, mais plus elle y pensait, moins elle comprenait.

  Elle se souvenait de Nathanaël qui se tenait devant elle. Dos à elle. Il discutait calmement avec le directeur de... l'agence dans laquelle ils étaient – quelle que soit cette agence. Tandis que le milliardaire était calme et répondait avec tact, Maeda avait montré de l'impatience et même de l'agressivité. Ce fut à ce moment-là que l'alarme incendie de l'immeuble avait retenti. Stridente et terriblement désagréable. Et c'était à ce moment-là que tout se bousculait dans la mémoire de Rebecca. Elle se souvenait principalement de la main de Nathanaël agrippant la sienne. La myriade d'escaliers qu'ils avaient dévalés. Et finalement la neige craquant sous ses pieds.

  Maintenant, ils se retrouvaient à crapahuter dans la forêt entourant le bâtiment où ils se trouvaient auparavant. La lune était haute et ronde dans le ciel étoilé ; et malgré la neige qui était tombée plus tôt, il ne devait pas faire moins de quinze degrés. Nathanaël avançait sans se retourner, il semblait savoir où il allait. Sa main était toujours dans celle de Rebecca.

 

  - Hum... Nathanaël ? On va où ?

  - On va essayer de rejoindre Tokyo.

  - Tokyo ? Pourquoi tu veux aller à...

 

  La jeune femme n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Nathanaël s'arrêta dans son élan et fixa une petite montagne de neige. Le regard de Rebecca alla du monticule au milliardaire sans comprendre jusqu'à ce qu'il s'avançât et, qu'à grands coups de manches, il ne débarrassât le véhicule, rouge et abandonné, de la pellicule blanche qui le recouvrait.

 

  - T'es là, toi ! Par contre, t'es dans un état... murmura Nathanaël avant de se tourner brusquement vers la journaliste. Reby !

  - Reby ?

  - Dis-moi, tu as une voiture ? C'est quel marque ? Une allemande, une française peut-être ?

  - Pardon ?

  - Je sais, je sais ! Tu ne comprends rien de ce que je dis mais s'il te plait. Ferme les yeux et imagine la voiture de tes rêves. Qu'elle se trouve là, devant toi... à la place de cette épave rouge à moitié ensevelie sous la neige.

  - Quoi ? Mais pourquoi je... commença-t-elle avant qu'il ne vienne mettre sa main sur sa bouche pour la faire taire.

  - S'il te plait.

 

  La demoiselle lui lança un regard de travers, pas très sûre de ce qu'il attendait vraiment d'elle ; mais elle céda. Fermant les paupières sur ses yeux verts, elle tenta de s'imaginer la voiture qu'elle rêvait d'avoir depuis bien longtemps. Elle ne savait pas trop pourquoi elle faisait ça, et au bout de plusieurs interminables secondes, elle rouvrit ses yeux pour ne plus avoir devant elle Nathanaël mais une Lamborghini Gallardo d'un jeune vif qui aurait pu illuminer cette nuit enneigée.

 

  - Comment... ? C'était une épave juste avant...

  - Je ne peux pas révéler tous mes secrets, ma chère. Mais tu comprendras bien vite. Maintenant, il faut qu'on y aille. Ils ne vont pas tarder à nous trouver et il faut qu'on attrape le premier avion pour Paris.

  - Paris, mais pourquoi... ?

  - Reby. Plus tard, c'est promis. Monte s'il te plait.

 

  La jeune femme n'ajouta rien ; elle voyait bien l'impatience dans le regard du milliardaire. Il s'installa côté conducteur tandis qu'elle s'assit sur le siège passager. Il démarra la voiture qui ronronna de toute sa puissance.

 

  - Tu as de très bons goûts en matière de voiture, je dois dire, déclara Nathanaël dans un sourire.

 

  Sur ces mots, la voiture patina quelques instants avant de finalement sortir de son embourbement, et slaloma entre les arbres. Il leur fallut une dizaine de minutes pour rejoindre la route heureusement dégagée. Sans même s'aider d'un plan ou d'un quelconque GPS, Nathanaël prit la direction de Tokyo. Il semblait sûr de lui que c'était bien par là. La jeune journaliste regarda le paysage défiler à une vitesse folle. Elle ignorait à quelle vitesse ils roulaient et ne souhaitait pas forcément le savoir. Elle connaissait assez bien cette voiture pour savoir qu'elle pouvait aller très, très vite. Elle espérait tout de même que Nathanaël était un conducteur aguerri. Elle ne souhaitait pas mourir maintenant ; surtout qu'elle avait bien compris que quelque chose d'extraordinaire était en train de se dérouler. Dans le monde entier. La neige, les dinosaures, et tout ce dont Maeda avait parlé plus tôt, elle sentait que tout était lié. Mais comment ? Il lui manquait des informations. Et elle savait que Nathanaël et son comportement plus qu'étrange étaient la clef. Il avait l'air de savoir ce qu'il se passait ; elle en était sûre. Elle ne lui faisait pas totalement confiance, bien entendu, mais elle ne pouvait pas faire autrement que de se reposer sur lui en ce moment parce qu'il était probablement la seule personne à ne pas être complètement perdu sur cette Terre.

  Rebecca porta son regard sur l'horizon bleuté de la nuit étincelante d'étoiles et de flocons neigeux éparpillés sur le sol. Ils en avaient pour cinq heures de trajet, au moins. Rebecca allait pouvoir lui poser toutes les questions qu'elle souhaitait. S'il daignait répondre, cette fois-ci...

 

  - Nat...

  - Je sais, tu veux des réponses. Et je vais t'en donner. Demande-moi ce que tu veux.