OLD TIME GENTLEMEN

Chapitre 1 - ASIE

  Rebecca n'avait pas la moindre idée de comment elle avait bien pu se retrouver dans une telle situation. Elle se souvenait très bien de l'enveloppe bleu paon à l'écriture manuscrite dorée et scellée à la cire qu'elle avait trouvée dans sa boite aux lettres quelques semaines auparavant. Elle avait reconnu l'emblème, elle savait ce que contenait la lettre, elle savait qu'elle y répondrait positivement... mais elle ignorait que cela finirait ainsi. Personne n'aurait pu se l'imaginer. Et ce malgré la réputation sulfureuse de l'auteur de la missive.

  Quelques semaines plus tôt, la jeune journaliste Rebecca André avait été conviée à une réception caritative organisée par le seul et unique Nathanaël Dupré. Un homme riche. Un homme séduisant. Un homme célibataire. N'importe quelle autre femme aurait été charmée par un tel personnage... mais pas Rebecca. Si elle faisait partie du cercle de connaissances de l'une des plus grandes richesses du monde, ce n'était pas grâce à des relations ou des liens de sang mais simplement grâce à son obstination.

  Depuis désormais deux ans, Rebecca était persuadée que le grand Nathanaël Dupré avait acquis ses richesses de manière illégale. Mais d'une manière illégale étonnante. A l'image du Gentleman Cambrioleur qu'est le personnage légendaire d'Arsène Lupin, la jeune journaliste avait à plusieurs reprises accusé Nathanaël d'avoir été à l'origine de dizaines de cambriolages de musées, de galeries, ou de collections de particuliers. Elle n'avait jamais réussi à trouver assez de preuves pour son inculpation. Toutefois, cela lui avait permis d'entrer dans le cercle très fermé des connaissances proches de Nathanaël ; puisque le jeune homme prenait un malin plaisir à semer des embûches à Rebecca. Il avait fait de la jeune femme sa distraction, en quelques sortes.

  Comme toujours, la journaliste ne se sentait pas très à l'aise dans ce genre de sauterie mais elle aimait toujours y assister pour récolter quelques informations précieuses. Ce soir, la pêche était assez maigre et elle n'avait toujours pas eu l'occasion de s'approcher de Nathanaël pour l'interroger comme elle avait l'habitude de le faire.

Vêtue de sa robe de cocktail bleu nuit légèrement fendue sur le côté, Rebecca arpentait les groupes de conversations sans réussir à se poser. Alors qu'elle terminait sa coupe de champagne, elle sentit une présence derrière elle.

 

  - Rebecca ! Je suis ravi que tu sois venue !

  - Nathanaël... sourit doucement la jeune femme en se retournant. Merci pour l'invitation, c'est une très belle soirée.

  - Merci... mais ta présence illumine à elle-seule ma nuit... déclara-t-il en déposant un léger baiser sur le dos de la main de Rebecca. Les mondanités n'ont jamais été mon fort.

  - Tu sais que cela n'a jamais fonctionné avec moi.

  - Qui ne tente rien n'a rien, non ? sourit Nathanaël en se redressant, tenant toujours la main de la journaliste dans la sienne. Puis-je t'inviter à danser ? Tu auras le droit de me demander tout ce que tu veux pendant ces trois minutes...

 

  Rebecca n'eut pas le temps ni d'accepter ni de refuser qu'il l'avait déjà emmenée sur la piste de danse improvisée dans l'un des somptueux jardins de Kyoto. La jeune femme, malgré ses appréhensions envers Nathanaël ne pouvait qu'être stupéfaite de ses relations et de tout ce qu'il avait la possibilité de faire grâce à cela. Privatiser l'un des jardins de l'une des plus belles villes du Japon n'était pas à la portée de tout le monde.

 

  - Alors, Nathanaël... Quelles galeries as-tu visitées récemment ? J'aurais beaucoup aimé voir l'exposition de ce jeune peintre, là... qui était exposé à Hiroshima ? Ah, oui ! Steve ! Un français, je crois. C'est vraiment dommage que son œuvre ait été volée ainsi... il commençait vraiment à avoir la cote. Toi, tu as eu l'occasion de la voir ?

 

  Le millionnaire esquissa un sourire à la question de la jeune femme. Elle essayait toujours des moyens détournés de lui poser des questions incriminantes. Avant, elle était bien plus directe et il aimait beaucoup ce côté là de sa personnalité ; mais il avait fallu que son imbécile d'avocat, un soir de gala semblable à celui-ci, ouvre sa grande bouche pour la menacer d'un procès si elle continuait ses accusations. Depuis ce moment-là, sa ténacité n'avait pas faiblie mais elle usait de moyens plus subtils. Cela ne déplaisait pas à Nathanaël qui lui tendant d'autant plus facilement des petits pièges.

 

  - Je n'ai malheureusement pas eu la chance de voir ses peintures, non. Mais on m'a dit qu'il était vraiment talentueux ; un ami à moi l'avait vue, il me semble. Avant qu'elle ne soit dérobée, bien entendu. C'est malheureux, vraiment, pour ce jeune artiste... J'ai récemment refait un tour au Louvre, par contre. Tu sais que j'aime particulièrement ce musée...

 

  Dans le sourire qui se voulait charmeur et taquin de Nathanaël, Rebecca décela une pointe d'amusement et de défi. Elle savait très bien que ses tentatives étaient vaines ; mais elle était têtue et surtout elle était convaincue d'avoir raison. Malgré tout, même si elle ne se l'avouait pas, leurs petits échanges à l'image de celui-ci faisait bien plus partie d'un jeu que de son investigation pour trouver le désormais fameux cambrioleur aux gants de velours. Ce surnom lui avait été donné à Paris, alors que ces premiers méfaits s'étaient déroulés au sein du Louvre ; Rebecca en avait fait ses premières accusations à l'intention de Nathanaël qui se plaisait à lui rappeler le début de leur relation si particulière.

 

  - Tu es cliniquement cinglé ou incroyablement agaçant ?

  - Je l'ignore, sourit-il. Probablement les deux. Mais c'est ce qui fait mon charme !

 

  Alors que Nathanaël faisait faire une gracieuse pirouette à Rebecca, le charme de cette nuit étoilée fut troublée par des hurlements de peur. Tous les invités de la réception se regardèrent et cherchèrent d'où pouvaient provenir ces étranges exclamations. Alors que Rebecca levait les yeux vers le ciel, d'autres cris s'élevèrent, bien plus proches d'elle. Elle ne comprit l'agitation alentours qu'en posant les yeux sur des formes mouvantes et rapides à quelques mètres d'elle. Ce ne fut que lorsqu'elles se rapprochèrent et la frôlèrent dans leur course que la jeune journaliste reconnut ces animaux au physique si particulier.

 

  - Des... des kangourous ?

 

  Les bêtes évitaient la jeune femme, bondissant de part et d'autre d'elle. Rebecca regardait la scène sans savoir quoi dire ni quoi faire. Elle tourna son visage vers l'endroit où devait se trouver Nathanaël et tomba sur le visage du millionnaire, impassible, regardant la scène avec une lassitude dépeinte sur ses traits anguleux.

 

  - Nathanaël ! Est-ce que c'est toi ?

  - Quoi ? Les kangourous ? Pourquoi j'aurais fait venir des kangourous à ma soirée ?

  - Et ça ne te choque pas plus que ça ? Des kangourous au milieu de Kyoto !

 

  La vague d'animaux australiens finit par s'amenuiser avant que, finalement, la course folle ne se termine. Quelques spécimens s'étaient arrêtés au niveau du buffet et y faisaient honneur sous le regard intrigué et effrayé de quelques rares personnes encore présentes. Nathanaël n'eut pas le temps de répondre que la sonnerie de son téléphone retentit de la poche intérieure de sa veste. Il attrapa le combiné et décrocha.

© 2020 by Maderose. Proudly created with Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now