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Chapitre 9 - Libérez la lumière

  Ce mec était en train de se foutre de ma gueule, en fait. Je m'attendais à ce qu'il se mette à rire. Mais non. Il me regardait avec un sérieux assez déstabilisant pour tout dire. Il me fallut plusieurs trop longues secondes pour me défaire de son emprise, il faut le dire, un peu flippante.

 

  — Ouais... comme tu l'as dit, tout le monde meurt un jour.

  — Evidemment, déclara-t-il. Mais toi, tu vas mourir. Totalement.

  — Parce qu'on peut mourir pas totalement ? Genre à moitié ?

 

  Qu'est-ce qu'il me racontait encore comme conneries.

 

  — Ce n'est pas ce que je veux dire. Beaucoup de religions et de croyances pensent que chaque âme à plusieurs vies. Que lorsqu'une personne décède, son âme se réincarne.

  — Ah ! Ouais, ok. Je connais. Et donc ?

  — Et donc... commença-t-il, une pointe d'agacement commençant à s'entendre dans sa voix, et à se voir dans son regard. D'après les cartes... comment dire... tu as contracté le Fléau des Cent Amants.

  — Le quoi ?

 

  Venait-il juste de confirmer que j'étais bien maudite ? Je n'étais pas une grande connaisseuse de la langue mais... fléau – en plus d'être une arme médiévale (information que je tenais de mon cousin, grand, grand fan de jeux de rôles médiévaux) – c'était bien un synonyme de malédiction, non ? C'était forcément ça.

 

  — Je m'attendais à ce que tu me ris au nez.

  — Pourquoi je rirais ? Tu viens de valider ma théorie comme quoi je suis sujette à une malédiction. C'est bien une malédiction, le truc que tu viens de dire ?

  — Je sais pas si malédiction est le terme. Mais ça peut y ressembler. Du point de vue de la personne qui... le vit.

  — Ok. Donc comment on s'en débarrasse ?

  — On s'en débarrasse pas.

  — Pardon ?

 

  Comment ça, on s'en débarrasse pas ? Une malédiction ne pouvait qu'être annulée par une... une sorte de... une espèce de... rituel magique ou... le sacrifice d'un concombre ! Je sais pas, mais au moins quelque chose.

 

  — Le Fléau des Cent Amants, commença à raconter Kay en reprenant le carnet en cuir rouge qu'il avait laissé de côté plus tôt, est un évènement rare, et seuls certains occultistes savent de quoi il s'agit. Je ne le sais moi-même que parce que ma grand-mère m'a initié.

  — Ok, et ça correspond à quoi cet évènement exactement ?

  — Je pense que tu es familière avec la notion de vies antérieures ?

  — Ouais. Une âme peut vivre plusieurs vies et on peut, parfois, se souvenir de ses vies antérieures. Je vois pas le rapport.

  — Que d'impatience... souffla Kay.

 

  Je ne répondis même pas, lui lançai un simple regard assassin qui ne fit que le faire sourire. Ouais. C'était bien le frère de Celenia.

 

  — Tu es un Ange Terrestre, dit-il comme s'il m'annonçait une vérité absolue que j'étais sensée connaître. Tu as donc vécu au moins cent vies. Celle-ci, celle de Mélodie-

  — Matty.

  — Matty, se reprit-il sans même s'excuser de son erreur, est la dernière de la lignée. Donc tu vas... mourir. Un jour, pas aujourd'hui, ni prochainement. Sauf si tu te fais renverser par un bus. L'idée, c'est que tu ne te réincarneras pas après cette vie-ci.

  — Ok... jusque-là, je te suis.

  — L'Ange Terrestre vit donc cent vies minimum. Et cette carte-là, continua-t-il en montrant celle où était écrit La Fuite de l'Amoureux, dit que tu as eu une vie en plus des cent autres.

  — Donc cent une vies ?

  — Oui. Mais cette vie-là, sûrement la première de la lignée, a été marquée par une trahison amoureuse. Ton ou ta partenaire dans cette vie t'a abandonnée et ton âme en a gardé des séquelles. Pour se... pour guérir, d'une certaine manière, elle doit suivre les règles du Fléau des Cent Amants. Cela consiste, d'après les notes de ma grand-mère, à ce que ton âme rencontre cent âmes sœurs pour se venger de la première, et cent-unième, du coup, âme qui l'a trahie. Je pense que c'est pour ça que tu as autant de succès en ce moment. Ton âme n'a sûrement pas dû bien faire son boulot et se retrouve dans sa dernière vie avec un déficit d'âme sœur...

 

  Je fixai Kay, mes paupières papillonnant aussi vite que mes neurones tentaient de faire intégrer à mon cerveau les informations qu'il venait de me communiquer. Je me considérais comme une personne intelligente et ouverte d'esprit. Au moins un minimum. Mais, là... je ne comprenais rien du tout. Et le peu que je comprenais me paraissait quand même très rocambolesque. Quoi, je devrais vivre cent histoires d'amour en une seule fois ?! C'était complètement n'importe quoi.

 

  — T'es en train de me dire qu'il faut que je me tape cent personnes d'ici à ma mort ?

  — Hum... non. Je ne pense pas que tu ais besoin d'avoir de relations sexuelles avec cent personnes. Vu ce dont j'ai été témoin tout à l'heure, tu devrais juste avoir besoin de les rencontrer et d'avoir une sorte de connexion plus ou moins romantique.

  — C'est déjà ça... mais ça change rien au fait que je n'en veuille pas de ces cent âmes ! Si ce que tu dis est avéré.

  — Ce que je dis est avéré. Et tu ne vas pas forcément avoir les cent âmes dans cette vie. Tu en as déjà forcément eu dans tes vies antérieures. Là, il faut juste que tu rencontres ceux qui manquent.

  — Donc... t'es en train de me dire qu'il faut que je rencontre un nombre indéterminé de personnes qui pourraient potentiellement être l'une de mes âmes sœurs.

  — Elles sont toutes tes âmes sœurs. L'une d'entre elles sera peut-être la personne avec qui tu passeras le reste ta vie. Ou pas.

 

  Je pris le temps de réfléchir. J'avais plusieurs options possibles. Mais je n'allais certainement pas prendre mes décisions toute seule. Et avec aussi peu d'heures de sommeil en stock. Je sortis mon téléphone de ma poche de blouson et envoyait un message à Celenia et Zera. Puis je regardai de nouveau Kay.

 

  — Tu fais quoi, demain soir ?