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Chapitre 7 - L'ours mal léché

  En arpentant les rues de la ville pour me rendre à l'échoppe de Nikolaï, le frangin de Celenia, je remarquai que la transition entre Halloween et Noël se faisait tout en douceur. Au fur et à mesure du mois de novembre, les décorations d'Halloween – très nombreuses à la Nouvelle Orléans, on n'était pas la capitale du vaudou pour rien – étaient progressivement décrochées des devantures des maisons, des appartements et des magasins pour être remplacées dès les premiers jours de décembre par d'immenses nœuds rouges et dorés, assez de guirlandes de Noël pour éclairer les rues comme en plein jour et un discret mais incessant flot de chansons de Noël diffusé par des haut-parleurs savamment dissimulés dans chaque rue.

 

  J'entrais dans la rue abritant la boutique de Nikolaï quand j'aperçus une équipe d'hommes en marcels blancs déchargeant un sapin devant ladite boutique. Je m'arrêtai et me cachai derrière un panneau annonçant moins cinquante pourcent sur le deuxième article acheté. Je n'avais vraiment pas envie de croiser une nouvelle fois Camden. J'avais eu assez d'émotions fortes pour la journée. Et la journée durait maintenant depuis plus de vingt-quatre heures...

 

  J'aurais pu rentrer chez moi, prendre une douche, et dormir au moins trois ans avant de venir consulter le frère de Leni. J'aurais même dû, si on était tout à fait logique. Mais je voulais vraiment pouvoir expliquer ce qu'il m'arrivait avant d'avoir à affronter Camden demain matin au boulot. Peut-être allait-il falloir que je prenne un jour de congé ? Ou une semaine ? Ou... ouais, même si ma malédiction n'était en fait que dans ma tête, je ne pouvais pas retourner bosser. Retour à l'idée de déménager à l'autre bout du monde.

 

  Une fois les livreurs de sapin partis, je repris mon chemin vers la boutique. Un homme au teint clair et aux cheveux noirs dégagés sur sa nuque, faisant bien une tête et demi de plus que moi, me tournait le dos. Il regardait avec intérêt le sapin emballé qu'on venait de déposer devant sa vitrine.

 

  — Excusez-moi ? Je cherche Nikolaï Reeves ?

 

  Le type se retourna vers moi. Il portait un tee-shirt noir (alors qu'il faisait anormalement froid pour la Louisiane) et une paire de jeans déchirée qu'il portait terriblement bas sur les hanches, et qui mettait en valeur sa carrure en entonnoir (oui, c'est plus élégant de dire « en v » mais je trouve l'image de l'entonnoir plus parlante). En tous cas, il n'avait absolument rien du cliché que Celenia nous avait vendu. Cela dit, c'était peut-être pas lui. Mais vu le regard – qu'il avait d'un bleu chimique, soit dit en passant – qu'il me lançait... le caractère semblait correspondre.

 

  — C'est pour quoi ? me dit-il d'un ton tout sauf commercial.

  — Bonjour. Je viens de la part de Celenia, je...

  — Ah, vous êtes l'une de ses ex, c'est ça ? Vous voulez la récupérer, donc vous venez me voir dans l'espoir que je vous donne des billes pour la reconquérir ? Désolé, mais je m'occupe pas des histoires de cœur de ma sœur.

  — Dîtes-moi, vous recevez tous vos clients de cette manière ? Parce que si c'est le cas, vous faîtes comment pour faire vivre votre boutique, exactement ?

  — Pardon ? répondit-il, une expression légèrement offensée sur le visage. Mes clients adorent ma boutique, et je ne vois pas du tout de quoi vous parlez. Je suis très courtois. Et charmant.

  — Ouais, commençai-je en le détaillant du regard de haut en bas. Charmant, peut-être. Même si j'utiliserais plutôt le terme affriolant. Vous savez que les tee-shirts en large, ça existe aussi ? Et courtois... non, vraiment pas.

 

  Nikolaï me regarda avec indignation, un sourcil relevé, croisant les bras sur son torse. Notre duel de regards dura ce qui sembla une éternité avant qu'il ne capitule et lâche un soupir.

 

  — Bon, vous voulez quoi ?

  — Comme je vous le disais avant que vous ne me coupiez, je viens de la part de Celenia, je suis Matty.

 

  Nikolaï pencha la tête sur le côté, fronçant les sourcils. Apparemment, ça semblait lui dire quelque chose.

 

  — Matty King, retrouva-t-il mon nom au fond de sa mémoire. Vous êtes l'une des amies de Lenia. La strip-teaseuse ou la coach sportif ?

  — La coach, répondis-je tout en notant qu'un léger accent russe ressortait lorsqu'il appelait sa sœur par ce surnom. Celenia m'a dit que vous pourriez peut-être m'aider avec un... problème que je rencontre.

  — Un problème ? Quel genre de problème ?

 

  Je n'eus pas le temps de répondre à sa demande qu'un homme pas bien grand et bossu, à la peau sale et aux yeux clairs perçants s'approcha de nous. Il portait sur l'avant-bras un panier rempli de roses rouges.

 

  Qu'est-ce qu'un vendeur de roses foutait à vendre sa marchandise en plein mois de décembre ? Aucune idée. Et ça ne pouvait être que des roses en plastique ou des roses éternelles pour pouvoir survivre à cette époque et par ce froid.

 

  Il me tendit une rose que je refusais d'un geste de la main et d'un sourire. Mais cela ne lui suffit pas. Evidemment. Dans un créole que je ne compris qu'à moitié, il m'intima presque l'ordre de prendre la fleur. Gratuitement. Pour la plus belle, ou une connerie du genre. Il avait aussi ajouté un truc comme quoi je le méritais et que c'était pas mon petit copain – il semblait avoir montré Nikolaï d'un mouvement de tête à ce moment-là – qui allait m'en offrir une... Mais comme je le disais, il parlait un créole dont je n'étais pas familière, donc il aurait tout aussi bien pu dire que je ressemblais à un zombie mal coiffé.

 

  Alors que le vendeur ambulant s'éloignait de nous et que j'allais répondre, finalement, à la question de Nikolaï, une jeune femme d'environ dix-huit ans, toute fluette et adorable, s'arrêta à notre niveau à son tour. Je m'attendais à ce qu'elle soit aussi embarrassée et guillerette à cause de Nikolaï... Bon, d'accord, j'espérais que c'était pour lui qu'elle était comme ça. Sauf que pas du tout. Tout timidement, sûrement sous le regard de ses amis qui se planquaient dans une ruelle ou un magasin pas loin, elle me sourit et me tendit un petit morceau de papier sur lequel elle avait griffonné une simple question, son prénom et un numéro de téléphone. Elle bafouilla quelques mots que je compris à peine puis s'éclipsa comme elle était venue.

 

  Je tournai la tête vers Nikolaï qui me regardait, bras croisés, sourcils relevés et sourire moqueur au visage. Celenia avait la même mimique.

 

  — C'est ça le problème.

  — Quoi ? Qu'on vous propose des rencards ?

  — Qu'on m'en propose quasiment une vingtaine en moins de soixante-douze heures et à chaque fois par une personne différente... ouais. C'est un problème.

 

  Ma réponse sembla l'intriguer car ses sourcils se froncèrent de plus belle, puis son regard se porta sur plusieurs choses derrière moi. Son expression s'intensifia.

 

  — Ça vous dirait qu'on en parle à l'intérieur ? Je crois, effectivement, qu'il y a un problème quelque part. Une aura ne peut pas changer de cette manière-là.

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