101 NOT FOUND

Chapitre 12 - Quand gronde la révolte

  Le ciel était un étrange mélange de bleu foncé et de gris blanchâtre, les températures étaient anormalement basses et Celenia et Zera se tenaient par le bras toute deux chapeautées de bonnets de Noël. Je ne pouvais considérer cela que comme l’annonce d’une apocalypse imminente. D’un autre côté, Zera retrouvait un peu le goût de Noël. Un peu ; parce qu’à mon avis, si elle n’était pas grisée par la mission « trouver un prétendant cliché à Matty », elle ne serait sûrement pas là, au milieu des stands vendant des casse-noisettes à des prix exorbitants et du jus de pomme épicé bien trop chargé. En plus, le flot de chants de Noël était abominablement fort ; on ne pouvait pas ressortir de là sans avoir Mariah Carey ou Wham! en tête pour les trente prochaines heures, minimum.

 

  Kay était là aussi. Mais il faisait une de ces têtes ! Apparemment, les marchés de Noël, c’était pas son truc. A moins que ce ne soient les gens qui n’étaient pas son truc. Ouais, c’était plutôt ça, à mon avis. Il lançait un regard désapprobateur à toute personne qui essayait de l’aborder, ou juste le regardait, d’ailleurs. Ouais, je ne comprenais vraiment pas comment il faisait pour être commerçant. Son physique, bien que très agréable, je n’allais pas mentir là-dessus, ne pouvait pas faire oublier son caractère et son attitude.

 

  Nous flânions sur le marché depuis un peu moins d’une heure et je m’étais déjà faite draguée par trois vendeuses dont une en mini-jupe rouge – elle devait mourir de froid – et on m’avait attrapé les fesses d’une manière perverse environ sept fois. Malheureusement, les regards antipathiques de Kay ne suffisaient pas à faire fuir les plus téméraires de mes fléaux. Et c’était bien dommage… Peut-être que si je lui prenais le bras, en faisant comme si on était en couple, je me ferais moins emmerder… Mouais, pas sûr. Ça pourrait tout aussi bien décupler l’effet de la malédiction. Et puis Kay ne voudrait jamais, de toute façon.

 

  En tout cas, aucune des personnes m’ayant accostée – si on pouvait appeler ça comme ça – ne semblait convenir à Leni et Zera puisqu’elles continuaient d’avancer parmi la foule. Alors qu’on arrivait, finalement, dans les derniers mètres carrés du marché, alors que je me disais qu’elles allaient enfin me laisser tranquille avec leur idée saugrenue, une rapide et violente tête blonde vint s’écraser contre mes jambes. Je manquais de tomber à la renverse ; heureusement que Kay avait quand même un minimum d’humanité en lui et qu’il m’empêcha de me retrouver au sol à la merci des pieds des passants.

 

  — Hé là ! Fais attention, petit humain. Tu vas te faire mal. Ou faire mal à quelqu’un, dis-je dans un sourire à l’enfant qui me regardait de ses grands yeux mordorés qui mangeaient une énorme partie de son visage hâlé.

  — Pardon, madame.

 

  Rapidement, un très grand type, très élégant et très beau – tout droit sorti du dernier roman de Mariana Zapata – se posta devant moi, prenant l’enfant par les épaules.

 

  — Noëlle, ne t’éloigne pas comme ça ! Je te l’ai déjà dit des milliers de fois ! Tu dois rester près de moi, ou près d’un des gardes du corps.

 

  Garde du corps ? Sérieusement ? Je penchai légèrement la tête vers un groupe de trois hommes vêtus de noir qui se trouvaient à quelques mètres de distance et qui regardaient dans ma direction avec un sérieux presque risible. Je n’allais pas assassiner leur boss au milieu d’une foule en période de Noël ; ils pouvaient se détendre…

 

  — Je vous prie d’excuser ma fille…

 

  La phrase de l’homme se perdit dans les chants de Noël alors que nos regards se croisaient. Et je la vis instantanément. J’étais devenue experte dans la détection de cette petite étincelle qui m’annonçait encore une bonne dizaine de très longues minutes à me faire draguer par quelqu’un touché par le Fléau.

 

  — Dîtes-moi, mademoiselle… vous m’avez l’air de vous y connaître avec les enfants. Que diriez-vous d’un emploi ? Comme gouvernante pour ma petite Noëlle ?

  — Nan, nan, nan, attends, Papa ! Je veux lui, dit la demoiselle en pointant son petit doigt vers Kay. Je veux que ça soit lui ma nounou.

 

  Les paroles de sa fille firent disparaître temporairement l’étincelle du regard de l’homme, mais elle revint rapidement, presque plus virulente qu’auparavant. Derrière moi, je sentais les corps de Leni et Zera se rapprocher et celui de Kay, à côté de moi, émettait des ondes très négatives. Ce qui était quand même un comble pour un occultiste, non ? Il ne devait pas prôner le bien-être personnel et tout ça ? Enfin bref.

 

  — Ma chérie… le monsieur a sûrement un travail, et d’autres choses à faire…

  — Et moi non, peut-être ?

 

  Oh, tiens, ma mauvaise humeur.

 

  — Non. Ce… non, ce n’est pas ce que je voulais dire Je…

  — Mh, si, un peu quand même.

 

  Oh, tiens, Zera.

 

  — À elle, vous lui demandez si elle veut pas un job, si elle veut pas être la gouvernante de votre fille. Mais lui, vous partez du principe qu’il a déjà un boulot ?

  — Non… Enfin… Je… Je vous prie de m’excuser. Je ne voulais pas être irrespectueux.

  — C’est pas à moi qu’il faut présenter vos excuses…

  — Zee ! m’interposai-je entre les deux. T’as fini ?

 

  Même si j’étais d’accord, sur le principe, avec ce qu’avait énoncé Zera, elle allait un peu loin quand même. Sa haine de la période de Noël semblait refaire surface. C’était quand même un peu rassurant ; Celenia ne l’avait pas totalement embrigadée dans son histoire de chasse au prétendant cliché.

 

  De son côté, je voyais bien que Kay avait laissé tomber les ondes négatives et se mordait plus ou moins discrètement la lèvre pour s’empêcher de rire. J’allais le tuer. De même que j’allais tuer Zee. Et aussi, pour la forme Celenia. Qui était étrangement silencieuse, soit dit en passant.

Plutôt mauvaisPas très bienBienTrès bienGénial

Merci pour le commentaire !