101 NOT FOUND

Chapitre 11 - Se ressourcer

  Je m'étais enfuie. Très clairement. En même temps, qui aurait voulu rester dans cette atmosphère ? J'avais l'impression de regarder un combat de chiens sur le point de commencer. Je pouvais presque les entendre grogner.

 

  Même Karen avait senti l'atmosphère étrange. Elle m'avait posé des questions sur pourquoi Camden avait l'air de vouloir tuer les deux personnes qui étaient dans l'entrée du club. J'aurais pu lui répondre que c'était dû à une malédiction vaudou mais... je pensais qu'il valait mieux faire comme si je ne savais pas ce qu'il était en train de se passer. Alors que je savais très bien que tout ceci était de ma faute, bien malgré moi. Même si j'avais quand même beaucoup de mal à me dire que Camden, Bob et Georgia étaient tous les trois assez épris ou attirés par moi pour être jaloux au point de vouloir faire leur fête à mes autres prétendants et prétendantes. Enfin, si on pouvait vraiment les appeler comme ça, parce qu'ils étaient juste sujets à une malédiction...

 

  — Non, je t'ai déjà dit qu'ils étaient tes âmes sœurs, retentit la voix de Kay avant qu'une fléchette ne vole jusqu'au centre de la cible accrochée au mur.

 

  Le frangin de Celenia battait Zera à plate couture aux fléchettes – ce qui arrivait assez rarement pour être notifié – et n'écoutait mon récit que d'une oreille. Tout comme Zera, d'ailleurs. Seule Celenia, qui supervisait ses serveurs du bar, écoutait avec attention mon histoire. J'avais bien compris, ils ne comprenaient pas à quel point cette histoire me pourrissait la vie. J'aurais bien voulu les y voir !

 

  — J'en veux pas d'tes âmes sœurs ! m'emportai-je – heureusement que le bar était plutôt vide en ce milieu de semaine.

 

  Celenia et Zera échangèrent un regard tandis que Kay me fixait avec un léger air étonné. Oui, je pouvais m'énerver. Ça n'arrivait certes pas souvent, mais quand même.

 

  Je devais quand même avoir l'air d'être sur le point de péter un plomb parce que Zera laissa tomber sa partie de fléchettes pour venir me faire un câlin. Je ne crachais pas dessus ; Zera faisait de super câlins.

 

  — Koala, viens là.

  — Quoi... soupira-t-il, n'essayant même plus d'empêcher Celenia de l'appeler par ce surnom, ce qu'il essayait pourtant de faire depuis le début de notre réunion au Comet.

  — Y'a vraiment pas un moyen pour que ça s'arrête son truc, là ? Parce qu'elle va finir en sale état à force, notre Matty. Ça fait même pas une semaine, et elle est déjà en train de craquer.

  — Je craque pas, argumentai-je.

 

  Celenia me lança son regard qui voulait dire « te fous pas d'ma gueule » et je grimaçai en réponse. Zera me caressait le dos pour essayer de lisser la tension qui s’y était accumulé.

 

  — Comme je l'ai déjà dit à Matty, il n'y a rien à faire qu'attendre que ça passe. Et puis ça se trouve, ça durera super longtemps. Ou ça finira avant Noël. T'en es à combien là ?

  — Qu'est-ce que j'en sais, moi... grommelai-je.

  — On dirait que t'es dans un téléfilm de Noël, déclara Zera.

  — Hein ?

  — Mais tellement ! Noël, des prétendants de partout... manquerait plus que de la neige ! s'exclama Celenia.

  — Mouais, les téléfilms de Noël sont souvent clichés, on voit les choses arrivées. Là, je n'ai aucune idée de ce qu'il va se passer ! Rien ne peut me dire quand cette saleté de malédiction va s'arrêter !

  — Ouais, je sais pas... dit Zera, sa main toujours sur mon dos. Quand on regarde, toutes les personnes qui t'ont abordé sont des clichés. Ton boss, déjà, pour commencer.

  — Totalement ! Et puis, il y a aussi la meuf chelou, là, la médecin. Doctoresse Mamour ! Comme dans Grey's Anatomy !

  — Vous êtes en train de me dire que mes Cent Amants, là, sont des clichés ambulants ?

  — Nan, peut-être pas tous. Mais les plus importants ! Ceux que tu vas revoir plusieurs fois.

  — Comme Camden !

 

  Cette fois-ci, se fut à Kay et moi d'échanger un regard. Elles étaient complètement cinglées, en fait. Et c'était moi celle qui racontait à qui voulait que j’étais maudite. J'étais sensée être la plus cinglée de nous trois.

  — Mais si ! Réfléchis ! Camden, c'est le boss antipathique… Georgia, c'est ça ? Elle, c'est Doctoresse Mamour...

  — Ashtag ! Aussi ! La star internationale ! s'exclama Zera.

  — Je suis pas sûre...

  — Si, ça compte ! me coupa Celenia.

  — Vous en racontez des conneries, s'immisça Kay. Les gens ne peuvent pas être clichés comme dans ces merdes télévisuelles.

  — Est-ce que t'as déjà regardé une romance de Noël, déjà, lui demanda Zera. Ça semble pas être ton genre.

  — C’est pas mon genre. Mais Lenia est ma sœur. Donc évidemment que j'ai déjà été forcé et contraint sous la menace et la torture d'en regarder.

  — Bon, d'accord, admit-elle. Mais je peux te garantir que ta malédiction touche les clichés de la Nouvelle Orléans ! Et j'suis sûre qu'on peut te le prouver.

  — Vous êtes cinglées, vous pourriez prouver n'importe quoi, ajoutai-je sous le regard approbateur de Kay.

  — Toi, chut. Demain, t'es en repos le matin, non ? dit Celenia en me montrant du doigt.

  — Oui, j'suis en repos... pourquoi ?

 

  Je sentais la mauvaise idée poindre le bout de son nez dans le cerveau de ma très chère Leni.

 

  — On va aller au marché de Noël ! Il a ouvert ce week-end, j'ai pas encore eu le temps d'y aller. Tu vas venir avec moi, toi aussi, dit-elle en pointant son doigt cette fois-ci sur son frère, et toi aussi Zera, tu viens. On va prouver que la malédiction de Matty attire les clichés !

  — Oui ! Rien de mieux qu'un marché de Noël plein de gens pour te trouver au moins vingt prétendants !

 

  Zera n'était pas rebutée par l'idée d'aller dans plusieurs mètres carrés dédiés à Noël. C'était la confirmation que cette histoire n'était pas une bonne idée. Si Zera était d'accord avec l'idée saugrenue de Celenia malgré la dimension Noël de toute l'opération... c'était vraiment que c'était la pire idée qu'elle ait jamais eu. Hors de question que je foute les pieds dans ce marché de Noël. Jamais.